Portrait de Delphine, paysanne boulangère

Celle qui nous régale tous les samedis au Carrouège avec son fameux pain sans gluten (mais aussi son pain au blé ou son pain aux graines) a suivi ce qu’on appelle un parcours atypique. Après un BTS d’action commerciale et une licence en gestion des achats, elle part en Angleterre parfaire sa formation. Mais confrontée à la réalité du monde du travail, elle s’aperçoit qu’elle a fait fausse route. Faire jouer la concurrence pour tirer sur les prix, aller acheter des denrées en Chine et bousiller la planète, non, ce métier n’est pas fait pour elle.

Sa prise de conscience, mâtinée d’une bonne déprime, la ramène chez ses parents dans le Bazois. Ce qu’elle veut à présent, c’est se réapproprier sa vie, devenir autonome, faire quelque chose de concret et travailler avec ses mains. Virage à 90°, Delphine s’inscrit au BPREA d’Agrobiologie (autrement dit maraîchage bio) à Château-Chinon. C’est lors d’un stage chez un paysan qui fait son propre pain qu’elle découvre sa vocation. La jeune fille se rend compte qu’elle se sent bien, à sa place, quand elle fait du pain. Après tout, cela ne l’étonne pas vraiment. Son grand-père n’était-il pas meunier?

Sa famille la soutient en lui donnant 3 hectares de terre où elle fait pousser des variétés de blé anciennes, histoire de produire sa propre farine. La première récolte a lieu en 2011. L’étape suivante, c’est l’acquisition d’un four. Et pour pouvoir acheter son moulin, elle travaille à la Poste. En 2013, la naissance de sa fille va mettre son activité professionnelle entre parenthèses pendant quelque temps.

C’est finalement en 2018 que notre paysanne boulangère ouvre son fournil, installé dans une ancienne forge, à Brinay dans le Bazois. Elle y vend son pain le samedi matin. Elle n’a pas de boutique. Les habitués viennent, prennent leur pain et déposent l’argent dans un panier.

Aujourd’hui, à 35 ans, cette jeune mère de deux enfants est fière de faire son pain de “A jusqu’à Z”, c’est-à-dire depuis la culture du blé, le triage et stockage des grains, la mouture de la farine jusqu’à la confection et la cuisson du pain. Elle apprécie tout particulièrement d’utiliser de la farine fraîche, moulue dans la semaine, “une farine encore vivante” précise-t-elle, mais généralement boudée par les boulangers car jugée trop instable. C’est sans doute ce qui fait la différence.

Delphine propose trois types de pain :
– un pain au blé (T80), mêlant des variétés anciennes et modernes.
– un pain sans gluten, au petit épeautre.
– un pain aux graines, avec un tiers de farine de seigle, deux tiers de farine de blé, des graines de sésame torréfiées et des graines de lin mixées.

Pour rappel, on trouve son pain au Carrouège le samedi à partir de 16h30, à condition de l’avoir réservé avant le jeudi précédent par SMS au 06 18 44 71 69.

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